Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
C’est devenu une ritournelle : notre Région et notre pays font face à des défis immenses.
Il n’y a rien de plus réel.
Le premier défi, celui auquel nous devons nous atteler en absolue urgence, c’est accroître notre puissance économique et assurer notre autonomie énergétique, indispensables au progrès social et à notre souveraineté.
Notre système social s’essouffle.
Il n’est pas question de l’abattre au profit de chimères nouvelles.Il s’agit de le remettre en phase avec sa raison d’être : donner à chacun sa place, rendre à la collectivité, à l’ensemble des Wallons, des services de qualité avec une utilisation irréprochable de l’argent public.
Pour y arriver, notre capacité industrielle doit être boostée dans les 10 ans à venir, l’emploi doit devenir l’épicentre de notre action.
La tâche est rude, elle sera longue.
Ceux qui prétendent le contraire vous mentent.
Fermer les yeux sur les difficultés ou faire mine de les ignorer, c’est la certitude annoncée de l’échec.Et je veux le dire avec gravité : les choix qui nous attendent seront, eux aussi, de plus en plus difficiles.
Parce que le monde est plus dur.Parce que l’argent public est plus rare.
Parce que la compétition est plus rude.
Parce que l’énergie, l’espace, les compétences et le temps administratif sont devenus des ressources stratégiques.
Dans un tel moment, chacun doit prendre sa part de responsabilité.
Le Gouvernement, bien sûr.
Mais aussi les acteurs économiques, les administrations, les territoires, les partenaires sociaux, les corps intermédiaires et les citoyens.
Nous sommes, au fond, dans le même bateau. Et un bateau n’avance pas si chacun rame dans un sens différent.
La réindustrialisation de notre Région est la seule voie,
l’unique stratégie pour affirmer notre existence,
défendre les intérêts des Wallons
et devenir une région moteur en Europe.
Condition sine qua non de la réussite : que la Wallonie s’y adonne intégralement, que chaque Wallonne, chaque Wallon se sente partie prenante de cette entreprise commune.
C’est pourquoi la tâche du Gouvernement, c’est de maintenir l’unité des Wallons autour de cet objectif,
pour que l’effort ne soit pas l’affaire d’un gouvernement isolé mais d’un peuple tout entier,
pour que les Wallons en acceptent les exigences, qu’ils en tirent les bénéfices, et une légitime fierté.
Cela suppose de dépasser l’intérêt particulier, le réflexe local, l’habitude administrative ou le confort du report.
Car lorsque chacun défend seulement son délai, son périmètre, son veto ou sa tranquillité immédiate, c’est la Wallonie tout entière qui prend du retard.
Je veux vous présenter avec la plus grande transparence le pari que nous entendons relever.
Un pari industriel, social, environnemental, politique.Un pari wallon.
Le gouvernement dessine une stratégie industrielle cohérente.
Nous faisons le choix de concentrer nos forces.
Toutes nos forces.Mais cette stratégie ne se fera pas hors sol.
Elle se fera d’abord sur notre territoire lui-même.
Le redéploiement économique et industriel,
c’est une Wallonie qui remet en mouvement ses friches,
qui active ses réserves foncières,
qui viabilise ses sites,
qui raccorde mieux ses zones d’activité à l’énergie, au rail et à la voie d’eau,
et qui raccourcit enfin les délais qui découragent les projets et ceux qui les portent.
C’est le sens de notre ambition :
déployer et remobiliser 1.500 hectares sur la législature,
en priorisant les terrains déjà artificialisés,
les grandes reconversions et les sites capables d’accueillir rapidement de l’activité là où la puissance est disponible ou peut être planifiée.
Voilà ce que signifie, concrètement, redéployer la Wallonie.
Ouvrons le chapitre crucial de l’énergie,
qui occupe tous les esprits, et tous les cerveaux les plus imaginatifs, aujourd’hui.
Il nous la faut en abondance,
il nous la faut prévisible,
il nous la faut compétitive.
Vous le savez, l’électricité, comme l’eau, est devenue, dans nos sociétés modernes, le besoin le plus décisif.
La demande ne fera que continuer à croître.
Plus sérieusement, quelques chiffres pour justifier ces affirmations :
En 2025, la Belgique a consommé plus de 80 térawattheures d’électricité.
En 2030, ce sera 110.
En 2040, près de 160.
Et en 2050, plus de 180 térawattheures par an.
Il faudra donc beaucoup, beaucoup d’énergie pour assurer notre prospérité et réussir la transition énergétique.
Mais soyons-en bien conscient :
continuer à déployer, chez nous, une économie plus circulaire consommera aussi de grandes quantités d’énergie.
Aujourd’hui, plus de 75% de notre approvisionnement repose encore sur le pétrole et le gaz.
Faire de la politique responsable, c’est accepter de regarder cette réalité en face et de prendre des décisions qui étaient jugées taboues hier.
La guerre dans le Détroit d’Ormuz nous rappelle à chaque passage à la pompe à essence la vulnérabilité de nos économies
et la difficulté pour l’Europe de protéger ses concitoyens et ses entreprises.
Quand le prix du carburant augmente,
c’est le trajet domicile-travail qui coûte plus cher,
c’est le budget familial qui se resserre,
c’est l’activité économique qui ralentit.
Si ces tensions semblent aujourd’hui conjoncturelles,
nous devons veiller à ce qu’elles ne deviennent pas structurelles,
notamment sous l’impact des décisions européennes.
Notre responsabilité est simple : ne pas laisser les citoyens payer seuls les conséquences de chocs qu’ils ne maîtrisent pas.
Cela suppose d’agir avec lucidité et équilibre : mener la transition énergétique sans pénaliser celles et ceux qui travaillent, entreprennent et se déplacent chaque jour.
Une réponse publique massive et généralisée n’est pas envisageable à ce stade, tout simplement parce que nous n’en avons ni les leviers, ni les moyens.
La stratégie recommandée repose sur la prudence budgétaire,
le ciblage des interventions,
le renforcement des politiques structurelles - d’autant plus que la situation reste en grande partie conjoncturelle,comme en témoigne la récente baisse du prix du baril ce jour.
Reproduire les actions passées, sans en mesurer les conséquences, c’est justement manquer de cette lucidité.
Nous devons bien reconnaitre que la trajectoire suivie par l’Europe n’a à ce stade pas porté les fruits attendus.
Notre continent s’est affaibli avec l’érosion de son tissu industriel et de sa souveraineté.
Les législations européennes ETS 2, RED 3, PEB 4, doivent, pour l’essentiel, entrer en vigueur d’ici 2030.
Elles sont des moyens au service de la réduction des gaz à effet de serre, non des fins en soi.
Toutes auront un impact financier considérable sur les entreprises et le portefeuille des Wallonnes et des Wallons.
Elles peuvent donc être revues, reportées, phasées, sans renoncer à l’objectif climatique.
Les tarifications carbone sont utiles dans le temps long.
Mais trop vite, trop fort, elles coincent les acteurs économiques.
Si nous restons sur la trajectoire actuelle, en 2030, ce sera 2,30 euros le litre de diesel, par défaut.
Ce que nous qualifions aujourd’hui de crise énergétique sera devenu la normalité.
Mais rien n’est inéluctable.
Nous devons changer la dynamique,
oser dire ce qui n’est pas acceptable pour nous.
Dans ce contexte, la question du prix de l’énergie n’est pas un détail technique.
Quand l’énergie manque, elle devient hors de prix,
les transports se grippent,
le quotidien
et le portefeuille de chacun est chamboulé.
Pour la Wallonie, cette question est cruciale :nous n’avons pas de gisements miraculeux,
nos ressources naturelles sont limitées,
et sans commune mesure avec nos besoins.
Nous avons été naïfs.
Nous avons cru que la géopolitique s’était évaporée,que les rapports de force étaient de l’histoire ancienne,
que les ressources resteraient toujours accessibles,
que l’on changerait de paradigme énergétique en trente ans, sans coût, ni conflit.
Bien sûr, l’actualité peut expliquer certaines secousses,
mais la fermeture du détroit d’Ormuz ne fait que révéler un déséquilibre plus profond qui, lui, restera et exigera, dans les années qui viennent, des réponses nouvelles et durables.
La poursuite de cet objectif, disposer d’une énergie abondante, abordable et décarbonée nous impose la diversification de nos sources d’énergie.
Nous devons donc investir dans de grandes infrastructures de production et de transport d’énergie,
planifier nos réseaux en fonction des besoins industriels de demain.
C’est aussi dans cet esprit que nous devons assumer les dossiers structurants qui conditionnent concrètement notre avenir industriel.
Je pense en particulier à la Boucle du Hainaut.
Ce dossier n’est pas un détail technique.C’est un choix de capacité, un choix d’attractivité, un choix d’emplois.
Si nous voulons réindustrialiser la Wallonie,nous ne pouvons pas accepter que, faute de réseau suffisant, des projets d’électrification, d’extension ou d’implantation soient remis à plus tard ou partent ailleurs.
Le dialogue avec les riverains, les communes et l’ensemble des parties prenantes est nécessaire.Mais il ne peut pas servir de prétexte à l’immobilisme.
À un moment, il faut décider et avancer, parce que ne pas décider, c’est déjà faire un choix : celui du recul.
Nous devons diversifier nos approvisionnements,conclure des contrats de long terme,
relancer l’exploration des sols,
y compris pour l’hydrogène blanc, les capacités de stockage de gaz ou l’enfouissement du COâ‚‚ capté,
tout en développant des filières décarbonées crédibles.
Nous développerons une ossature COâ‚‚ et hydrogène afin de permettre à nos industries de se décarboner sans fermer,
de transformer leurs procédés sans licencier leurs ouvriers.
Aujourd’hui déjà, le secteur énergétique représente 17.000 emplois directs et indirects.
Et la transition énergétique, à elle seule, peut encore générer 15.000 emplois supplémentaires dans les prochaines années.
C’est une politique de longue haleine.
Cette exigence de vision,
nous l’imposons auprès de nos gestionnaires de réseaux, qu’ils transportent l’électricité à haute tension ou la distribuent dans chaque commune de Wallonie.
Eux aussi doivent se projeter au‑delà des modes et des querelles du moment.
Mais l’énergie, à elle seule, ne fait pas une politique, et notre souveraineté ne se réduit pas à l’électricité.
Notre souveraineté se joue aussi dans notre capacité à faire naître, autour du secteur une véritable puissance industrielle.
La décarbonation de notre mix énergétique se fera avec de très gros investissements dans les technologies les plus maîtrisées,
celles qui ne font pas exploser l’ensemble de la facture.
La Wallonie n’est pas un cas isolé.
L’industrie européenne ne pèse plus que 14,3% du PIB de l’Union alors qu’elle était de 20% encore en 1990.
Les secteurs intensifs en énergie ont perdu près de 20% de leur production depuis 2019 ;
les prix de l’énergie pour l’industrie ont bondi de 66% entre 2021 et 2025
et l’Europe importe à grands frais son énergie, ses modules solaires, ses batteries.
La facture atteignait 427 milliards d’euros en 2024.
C’est pour cette raison que la diversification de nos ressources industrielles et énergétiques est primordiale.
C’est notre premier pilier.
Prenons un exemple concret.
Nous avons une aciérie.
C’est un atout et non pas un décor industriel pour fanatiques d’urbex.L’acier, ce ne sont pas seulement des poutrelles anonymes et un souvenir de la grandeur passée ;
c’est la matière première des infrastructures critiques,
des centrales,
des navires,
de nos moyens de défense.
Affirmer que l’acier ne serait plus stratégique serait une erreur.
Si tout notre acier stratégique dépend de la Chine ou de l’Inde, ce n’est pas seulement une fragilité économique,
c’est une vulnérabilité stratégique, un handicap.
Je ne prétends pas que nous serons demain compétitifs sur tout et pour tout face aux grandes puissances économiques.
Ce n’est pas l’objectif.
Notre objectif est celui de la spécialisation.
D’ailleurs, pour l’acier courant, pour les volumes standards, nous n’avons ni la prétention ni l’intention de tout rapatrier.
Mais nous pouvons, nous devons organiser des filières de haute valeur ajoutée et des savoirs faire de précision.
Si nous n’avons peut-être pas toutes les matières premières en Wallonie, nous avons la plus décisive : la matière grise.
Les études montrent qu’un euro investi en recherche, c’est jusqu’à 5 euros de retombées.
Or, le décret Recherches n’avait plus évolué depuis 2008.
Ce qui sera corrigé par ce Gouvernement très prochainement avec une nouvelle mouture de ce texte.
A l’heure actuelle, avec un budget annuel moyen de 247 millions d’euros depuis le début de la législature, c’est déjà plus de 1,2 milliard d’euros de valeur créée.
Avec les aides à la recherche validée en 20 mois,
c’est 2.800 temps plein maintenus, et minimum 8.500 emplois créés.
C’est là que se joue notre compétitivité :
dans la capacité à innover,
à monter en gamme,
à produire des technologies à haute valeur ajoutée.
Cela implique des choix clairs : investir, cibler, spécialiser.
Ces très hautes compétences existent chez nous.
A nous de continuer à mieux les valoriser, elles attireront investisseurs et acheteurs.
Le deuxième pilier ne se justifie pas seulement par les chiffres ou par la balance commerciale.
Il répond à une nécessité politique.
Dans un monde où la force retrouve sa place,
il ne sert à rien de proclamer notre attachement à la paix si nous refusons d’assumer les moyens de notre sécurité et de celle de nos alliés.
Il ne s’agit pas, pour la Wallonie, de se prendre pour une puissance militaire ;
il s’agit qu’elle prenne sa part, à sa mesure, de l’effort industriel et technologique européen.
Le monde tel qu’il tourne aujourd’hui redonne au secteur de la défense une importance que nul ne peut nier.
La guerre en Ukraine a rappelé brutalement que drones, systèmes autonomes, capacités d’interception ne sont plus des prototypes de laboratoire,
mais des instruments décisifs sur le terrain
et, demain, des marchés essentiels pour l’Europe.
En Belgique, les perspectives du secteur de la Défense pourrait doubler d’ici 2033.
La Wallonie est déjà, aujourd’hui, le centre de l’industrie de défense en Belgique.
Elle concentre l’essentiel du chiffre d’affaires,l’essentiel des emplois – en progression de 2% pour atteindre près de 3000 emplois directs,
l’essentiel du savoir‑faire,
l’essentiel des chaines de valeurs spécialisées.
C’est une évidente force, historique, sur laquelle construire.
Je laisse aux esprits philosophes le débat sur la question de savoir s’il faut ou non une industrie de défense.
Je dis simplement : nous en avons une, performante, et nous voulons la faire grandir.
Tocqueville écrivait que « les peuples démocratiques haïssent souvent les vérités désagréables ».
La nôtre est simple : dans un monde où la force revient, refuser de la penser ne la fait pas disparaître.
Nous avons, ici, en Wallonie, le terreau nécessaire :
des industriels de l’armement,
des mécaniciens de haut niveau,
des électroniciens,
des spécialistes du capteur,
des ouvriers de précision,
des centres de recherche,
des écoles d’ingénieurs.
L’État n’a pas vocation à contrôler ou diriger l’économie, comme certains l’imaginent encore ;
il lui revient d’en tracer la route,
d’en dire le cap,
et de laisser aux entreprises la liberté d’innover et de prendre des risques, y compris dans le domaine de la défense.
La vraie question est de déterminer pour quel usage, avec quelle orientation, avec quelle ambition.
Notre industrie de défense ne crée pas des instruments de puissance vaine ;
ils sont la condition de cette liberté supérieure qui consiste à ne pas avoir à s’en servir.
Après l’énergie et la défense, j’aborde un troisième pilier, tout aussi décisif pour notre souveraineté :
celui des données et des infrastructures numériques.
Une usine, aujourd’hui, ce n’est plus seulement des murs, des machines et une sirène ;
c’est un cerveau numérique.
Ce sont des capteurs,
des algorithmes,
des systèmes de pilotage,
des flux de données qui, à chaque seconde, commandent la production, la qualité, la maintenance.
Une industrie qui ne maîtrise pas ses données dépend fatalement de ceux qui les hébergent, les traitent et, parfois, les exploitent.
Si nous voulons que notre stratégie ait un sens, nous devons donc être capables d’ancrer, chez nous, les cerveaux et les serveurs.
Cela suppose d’accueillir des infrastructures numériques stratégiques :
des centres de données,
des plateformes de calcul haute performance,
des capacités de cloud adaptées aux besoins industriels.
Mais pas n’importe comment, et pas à n’importe quel prix.
Nous fixerons des règles claires :
sur la sobriété énergétique,
sur l’alignement avec notre stratégie industrielle,
sur la sécurité
et la localisation des données les plus sensibles.
Nous voulons que ces infrastructures servent nos usines,
nos services publics,
nos centres de recherche,
nos systèmes autonomes,
et non l’inverse.
Nous soutiendrons, en parallèle, les acteurs wallons de l’intelligence artificielle industrielle,
de la cybersécurité,
des microprocesseurs,
des logiciels de pilotage.
Ce pilier, lui aussi, est un réservoir d’emplois :
développeurs, data scientists, experts en sécurité numérique, techniciens IT,
mais aussi personnels d’exploitation des sites, services de maintenance, bureaux d’étude et de conseil.
Il y a là, pour la Wallonie, un avantage comparatif à saisir.
Ces trois piliers composent une stratégie, ils forment un ensemble.
L’énergie de base en est la condition matérielle : sans elle, rien ne s’installe, rien ne dure.
Un moteur industriel puissant,nourri par la demande européenne et mondiale
en est la traduction concrète.
Les données et l’intelligence artificielle en assurent la montée en gamme, la productivité, la valeur ajoutée.
Ce n’est qu’en les articulant que nous pouvons lucidement viser, à terme, un taux d’emploi de 70% en Wallonie.
La tâche est ardue, elle n’est pas inaccessible.
Il faut pouvoir le dire simplement :
nous n’atteindrons pas cet objectif avec les mêmes habitudes,
les mêmes réflexes,
les mêmes méthodes que par le passé.
Si nous en sommes là, ce n’est pas seulement parce que le monde est intransigeant,
que la concurrence est rude
et que les règles européennes sont complexes.
C’est aussi parce que, trop souvent, nous avons pris l’épaisseur des dossiers pour la solidité de la décision,
la multiplication des plans pour la force de la stratégie.
Nous changeons la manière de gouverner, non pas en annonçant un énième plan,
mais en modifiant la façon même dont l’action publique s’organise et se décide.
La Wallonie n’a jamais manqué d’idées, de talents, ni même de moyens ;
elle souffrait d’un défaut de hiérarchie, de mesure et de courage dans les choix.
C’est cela que nous corrigeons chaque jour.
Notre méthode tient en trois mots : mesurer, hiérarchiser et décider.
Mesurer, c’est piloter par objectifs, suivre, évaluer, corriger, au lieu de se contenter de déclarations d’intention.
La loi de Charles Goodhart nous enseigne que quand une mesure devient un objectif, elle cesse d’être un bon indicateur.
Pendant trop longtemps, nous avons privilégié des statistiques rassurantes à l’évaluation réelle de nos politiques.
Hiérarchiser, c’est accepter de concentrer l’effort sur quelques grands axes.
La loi de Pareto nous enseigne que 20% des causes produisent 80% des effets.
Appliqué à une région, cela veut dire qu’un territoire progresse quand il investit là où il fait mieux que les autres, pas quand il tente d’être moyen en tout.
Et quelques secteurs entraînent la dynamique d’ensemble.
Qu’on se l’ancre dans nos esprits : nous préférons à tout jamais l’effet de levier au saupoudrage localiste.
Enfin, décider, c’est assumer des choix clairs.
La loi de Parkinson nous enseigne que le travail s’étend jusqu’à occuper tout le temps disponible. Sans décision, tout s’étire : les procédures, les arbitrages, les projets.Décider, c’est fixer un cap, trancher, et faire en sorte que les choses avancent réellement.
Lorsque nous avons repris les rênes, on m’a, au sens propre, remis les clés du Gouvernement.
Et c’est tout.
Pas de véritable système de suivi d’une législature à l’autre,
pas d’outil regroupant les grands projets,
pas de tableau de bord permettant de savoir où nous en étions,
ce qui avançait,
ce qui traînait,
ce qui bloquait.
Il n’existait même pas d’inventaires de tous les plans existants.
C’était comme reprendre une usine avec des machines,
des ouvriers, des stocks,
mais sans plan de production,
sans planning,
sans instruments de mesure.
Dans ces conditions, on peut survivre mais on ne peut pas se transformer.
Pas de plaintes. Simplement des faits.
Nous avons donc associé l’IWEPS, le Haut Conseil Stratégique, afin de réorganiser entièrement la déclaration de politique régionale en objectifs stratégiques et opérationnels, clairement identifiés et suivis.
Cet outil nous permet de suivre l’avancement des projets, cabinet par cabinet, administration par administration, sans zones d’ombre.
En Wallonie, obtenir un permis d’urbanisme pour un projet industriel relevait du miracle.
Nous avons décidé de prendre le problème à bras‑le‑corps.
Pour les projets majeurs, le permis sera sur la table du gouvernement.
L’objectif n’est pas de contourner les exigences environnementales ;
il est de supprimer les doublons,
les labyrinthes administratifs,
les années perdues dans les couloirs.
L’exigence reste la même, le niveau de décision change.
Et le lien avec notre stratégie est direct :
- une friche qui demande près de dix ans de procédures pour à peine quelques mois de travaux - 163 jours ouvrables exactement - ce sont des emplois qu’on retarde nous-mêmes,
- un parc d’activités économiques qui met plus de dix ans à voir le jour, ce sont des entreprises qui partent ailleurs,
- des dossiers qui s’enlisent dans des procédures interminables - avec parfois jusqu’à dix études et dix instances consultées pour un seul projet - ce sont des investissements qu’on décourage avant même qu’ils n’existent.
Car le redéploiement territorial n’est pas une abstraction.
Il se joue là :
dans notre capacité à reconvertir une friche,
à ouvrir un parc, un zoning,
à raccorder un site,
à donner de la visibilité à un investisseur
et à réduire enfin la distance entre la décision publique et le terrain.
Nous refusons d’être la Région où les projets viennent mourir d’excès de paperasse et de labyrinthes de procédures.
Nous voulons être la Région où les projets porteurs trouvent un chemin clair et tracé vers la réalisation.
Nous simplifions l’administration et modernisons la fonction publique.
Pendant des années, nous avons demandé à nos fonctionnaires de faire plus
mais sans jamais leur dire quoi, comment et pourquoi.
C’est la meilleure manière d’épuiser les meilleurs,
de conforter les moins motivés,
et de dégoûter le citoyen.
Nous rompons cette logique.
Nous menons le choc de simplification administrative promis en juin 2024.
Piloté par le Gouvernement, il a déjà permis de mettre en œuvre plusieurs centaines de mesures concrètes :
dématérialisation des procédures,
réduction des délais,
amélioration de la qualité des dossiers,
suivi systématique des effets des simplifications.
Ce travail est suivi, mesuré, rendu public.
Nous ne voulons plus d’un service public qui fonctionne pour lui-même.
Nous voulons un service au public, orienté vers l’efficacité, les résultats, la qualité du service rendu.
C’est le sens de la réforme de la fonction publique que nous portons : moins de structures, moins d’échelons, plus de responsabilités claires.
Nous voulons une administration plus proche des citoyens,
plus lisible pour les entreprises,
et pleinement engagée dans une logique de résultats.
Nous fixons une règle de remplacement claire,
une trajectoire budgétaire stable pour la fonction publique,
et nous donnons aux managers les moyens d’assumer pleinement leurs responsabilités.
Il ne s’agit pas de faire toujours plus avec toujours moins.
Il s’agit de faire mieux avec ce que nous avons, parce que nous savons désormais où nous allons.
Et au‑delà des méthodes, il y a les structures elles‑mêmes.
Nous avons engagé un travail de rationalisation qui touche à des domaines très concrets.
Nous fusionnons les ports wallons pour en faire un ensemble logistique lisible, efficace, capable de servir véritablement nos filières industrielles et de défense.
Liège est d’ailleurs le 3ème port intérieur en Europe.
De trois outils existants, nous créons une seule Agence wallonne de l’Habitation pour clarifier et professionnaliser la politique du logement.
Nous simplifions le paysage de l’insertion socio‑professionnelle pour que le chercheur d’emploi n’ait plus besoin d’une carte ou d’un guide pour savoir à quelle porte frapper.
Chaque réforme structurelle obéit à une même idée :
faire converger le foncier, l’énergie, l’emploi, l’économie vers un même cap.
Pendant que certains s’attachent à chaque microstructure comme un souvenir qu’on ne toucherait pas, nous faisons un autre choix :
celui de la clarté et de l’efficacité.
Il en va aussi des provinces.
Depuis des années, leur rôle s’est empilé par couches,
sans qu’on sache toujours clairement ce qui relève d’elles,
de la Région ou des communes.
Leurs missions sont passées au crible :
celles qui doivent revenir à la Région, à la Fédération Wallonie-Bruxelles ou aux communes -pour les compétences résiduelles - y seront transférées,
avec les moyens et les emplois qui vont avec.
Avec trois garanties :
- préserver les compétences et le personnel
- pas d’impôts en plus pour les citoyens
- et pas de perte financière pour les communes.
Je n’ai ni hostilité de principe,
ni dévotion particulière pour les provinces.
Ce qui m’importe c’est que les structures soient réellement au service du public.
Un État qui veut tout conserver ne réforme rien.
Un État qui accepte de dire ce qu’il veut faire, et ce qu’il ne fera plus, finit toujours par réussir.
Sur l’état de nos finances publiques,
il faut parler clair, sans dramatiser et sans masquer.
Ces dernières années, la Wallonie a traversé le Covid, la guerre en Ukraine, les inondations, les crises au Proche‑Orient :
notre peuple a encaissé sans plier.
Désormais, chaque économie est une assurance pour supporter les chocs de demain.
La Wallonie vit aujourd’hui avec une charge d’intérêts qui atteint environ 700 millions d’euros par an,
soit presque le budget de la Petite enfance en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Autrement dit, une part croissante de notre budget sert à payer le passé plutôt qu’à préparer l’avenir.
Si nous laissons cette dynamique se prolonger, nous n’aurons plus les moyens de financer ni nos hôpitaux,
ni nos infrastructures,
ni notre stratégie industrielle.
En juillet 2024, nous avons fixé un cap :
revenir à l’équilibre budgétaire en SEC à l’horizon 2029.
Cela suppose d’abord de regarder la réalité en face.
Oui, la dette wallonne augmente ;
ce n’est ni une surprise ni un accident.
Les projections réalisées à politique constante avant même la formation de ce gouvernement annonçaient déjà une hausse très importante de la dette directe à l’horizon 2029.
Les décisions prises lors de la précédente législature – notamment pour le plan de relance – ont engagé des montants considérables sans tous les résultats promis.
Nous n’en faisons pas un procès, nous en assumons les conséquences.
La rigueur budgétaire, pour nous, est une condition.
Condition pour casser le risque d’ « effet boule de neige »,
où la dette engendre mécaniquement toujours plus de dette.
Condition pour dégager les marges nécessaires à l’investissement dans nos trois piliers : l’énergie, la réindustrialisation et ses emplois ainsi que le bien-être des citoyens.
Concrètement, cela veut dire des économies structurelles,
des réformes de dépenses,
une rationalisation des structures,
une trajectoire budgétaire qui prévoit une réduction plus marquée du déficit entre 2027 et 2029 qu’au début de la législature.
Cela veut dire aussi une manière de gouverner.
Lorsque certaines mesures fiscales ont eu des effets de bord plus importants que prévu, nous ne nous sommes pas obstinés.
Nous avons recalculé, réajusté, corrigé.
Reconnaître une erreur et la corriger rapidement est une condition de crédibilité pour un gouvernement qui veut gérer les affaires de la Wallonie et penser son futur.
Il ne pourra jamais être reproché à notre gouvernement de se démener sans relâche pour résoudre cette équation que certains qualifient d’impossible :
rendre du pouvoir d’achat à nos concitoyens tout en maitrisant les finances publiques.
En matière budgétaire comme dans le reste, il y a, au fond, deux attitudes :
celle qui consiste à s’habituer doucement à l’endettement et à en faire une fatalité,
et celle qui consiste à en inverser la pente pour retrouver des marges de manœuvre.
Nous avons choisi la seconde.
Toute cette remise en ordre : priorités, procédures, structures, n’a qu’un but : rendre aux pouvoirs publics et politiques la capacité d’agir.
Un État n’existe pas pour lui‑même.
Une stratégie industrielle n’a de sens que si elle se traduit en emplois, en salaires, en perspectives pour les gens.
C’est là que se trouve, pour notre Région, le nerf de la guerre.
Après avoir parlé des piliers et de la gouvernance,
il faut en venir à ce qui constitue la colonne vertébrale de notre mandat : l’emploi.
Tout ce que je viens d’exposer ne sert à rien si, au bout de la chaîne, il n’y a pas d’emplois.
Notre taux d’emploi progresse.
Les besoins de recrutement sont massifs.
Les pénuries existent dans les sciences et services, le commerce, l’industrie, la construction.
La question de l’emploi ne se résume pas à une seule politique publique.
Elle suppose de faire converger notre stratégie industrielle,
notre politique de formation,
notre accompagnement vers l’emploi,
notre mobilité
et notre simplification administrative vers un même objectif :
permettre à davantage de Wallonnes et de Wallons de travailler ici, durablement.
Cela suppose une rupture.
Notre projet n’est pas de considérer le chômage comme une fatalité.
Mais de revaloriser le travail.
Les chiffres sont un point de départ et éclairent la réalité.
Alors que l’opposition expliquera sans doute, dans ses répliques, que le nombre de demandeurs d’emploi augmente
– en omettant de préciser qu’un changement de méthode maintient plus longtemps certaines personnes dans les statistiques –
elle se gardera bien de dire que, dans le même temps, le taux d’emploi progresse et que des milliers de citoyens retrouvent un travail.
Oui, la pression reste forte, mais le mouvement vers l’emploi est réel.
Notre choix est limpide: faire de l’insertion vers l’emploi le cœur de notre politique.
Le but n’est pas de commenter le chômage,
mais de réduire sa durée et son poids.
Cela suppose un cadre exigeant et lisible,
où les convocations sont respectées,
où l’accompagnement est réel,
où chacun sait ce qu’il doit faire et ce qu’il peut attendre,
où l’on redonne de l’espoir et des perspectives grâce au travail.
Quand, sur 5 000 personnes convoquées, à peine un tiers se présente, ce n’est ni une fatalité, ni un détail ;
c’est un signal qu’il faut prendre en compte et corriger.
Comme le relayait la presse dernièrement, les entreprises wallonnes annoncent au moins 88 000 recrutements pour 2026, dont plus de la moitié en CDI, et qu’un emploi sur deux sera proposé par une petite entreprise.
Notre tâche est donc précise :
rapprocher les offres et les demandes,
orienter les formations vers ces secteurs,
adapter nos dispositifs d’insertion pour qu’ils alimentent nos piliers industriels au lieu de s’y ajouter de manière abstraite.
Nous réformons donc l’insertion, les aides à l’embauche, la formation, non par amour des organigrammes, mais pour alimenter nos trois piliers.
Les secteurs en pénurie sont précisément ceux dont notre stratégie a besoin :
- la construction pour les chantiers énergétiques et industriels,
- l’industrie pour les usines,
- les infrastructures,
- le numérique pour l’IA,
- la cybersécurité,
- les data centers,
- les soins, parce qu’une société qui vieillit et qui se réindustrialise ne peut pas prétendre au progrès si elle néglige ceux qui l’ont bâtie avant nous.
On pourrait croire, en m’écoutant, que tout ce que je détaille relève d’un futur lointain, d’un horizon à 20 ou 30 ans.
C’est vrai. En partie.
Car 2026 est déjà une année charnière.
Et dans un an, une grande partie de ce que nous annonçons aujourd’hui sera déjà le quotidien des Wallonnes et des Wallons.
Dans un an, avec François Desquesnes,
La mobilité aura engagé sa transformation :
une offre de transport plus fiable, plus lisible, mieux connectée aux besoins des usagers,
et une attention renforcée à la sécurité sur nos routes.
La simplification des démarches, notamment pour les permis d’urbanisme, aura franchi une étape décisive avec leur dématérialisation :
moins d’incertitudes, des délais raccourcis pour les citoyens comme pour les porteurs de projets.
Dans le même temps, la réforme des pouvoirs locaux aura avancé :
institutions plus lisibles,
relations clarifiées entre communes et CPAS,
structures modernisées sans charge supplémentaire pour le citoyen.
Les grands chantiers d’organisation du territoire et des infrastructures auront été ouverts,
donnant à l’action publique une cohérence et une efficacité nouvelles.
Les réformes ne seront plus des textes mais du concret.
Dans un an, avec Pierre-Yves Jeholet, l’économie aura senti la différence.
La réforme des APE aura mis fin aux dérives pour devenir, progressivement, un soutien pérenne, structuré et équitable à des secteurs essentiels.
Le nouvel incitant Job+ aura simplifié et ciblé le soutien à l’embauche sur les publics les plus éloignés du marché du travail et mis fin aux effets d’aubaine.
Le plan d’entreprise du Forem aura transformé l’accompagnement, avec un suivi plus dynamique, un dossier unique et une offre de formation alignée sur les besoins des entreprises.
L’AWEX, aux missions clarifiées, fonctionnera comme un véritable bras armé à l’international,
et une stratégie d’innovation simplifiée, mieux pilotée, commencera à produire davantage de valeur économique.
Les primes à l’investissement, simplifiées et renforcées, auront déjà suscité de nouvelles activités industrielles,
en cohérence avec une stratégie de redéploiement portée par 2,5 milliards d’euros via Wallonie Entreprendre.
Une stratégie qui aura soutenu des projets concrets, de FN Herstal à Safran à Welkenraedt,
en passant par la Sonaca pour ne citer que les projets les plus connus,
en plus de toutes les entreprises de toutes tailles, accompagnées et soutenues par la Wallonie.
Dans un an, avec Yves Coppieters, les solidarités ne seront plus une liste de dispositifs, mais une stratégie.
La lutte contre la pauvreté et le sans‑abrisme auront franchi un cap :
moins de gestion de l’urgence,
plus de solutions durables,
centrées sur l’accompagnement et l’accès au logement.
Le soutien aux familles monoparentales se traduira en mesures concrètes, plus lisibles, plus accessibles.
L’économie sociale sera pleinement mobilisée comme levier d’insertion.
Dans le même temps, notre système de santé aura engagé sa transformation,
avec une première ligne d’accompagnement et de soins plus lisible,
la réflexion sur la garantie autonomie aura également progressé, pour permettre à chacun
- personnes âgées comme personnes en situation de handicap –
de vivre de manière autonome, tout en renforçant le soutien aux aidants proches.
Nous aurons également développé une approche reliant plus étroitement santé et environnement,
notamment dans la protection de la qualité de l’eau,
la réduction de nos déchets et de l’exposition aux polluants.
La stratégie d’égalité, portée avec la Fédération Wallonie‑Bruxelles, se traduira en actions tangibles, notamment dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
Dans un an, avec Jacqueline Galant, la fonction publique ne sera plus seulement l’objet de rapports, mais de transformation :
les chantiers de modernisation auront quitté le stade de la “réflexion” pour entrer dans celui des nouvelles procédures, des nouveaux cadres organiques, d’une nouvelle culture, orientée résultats.
Le Code de la fonction publique aura été profondément revu,
le régime des mandats remis à plat,
avec moins de mandats pour plus de lisibilité et de responsabilité pour plus d’efficacité,
le choc de simplification aura commencé à se traduire en formulaires plus courts,
en procédures dématérialisées,
en délais plus raisonnables,
en réponses plus rapides ;
L’intelligence artificielle, enfin, ne sera plus un slogan, mais un outil concret au service de l’administration et des citoyens.
Dans un an, avec Valérie Lescrenier, le visage de la Wallonie aura gagné en clarté, en attractivité, en attention à l’enfance.
Le volume de projets touristiques et patrimoniaux ne sera plus seulement « important » ;
il aura produit des restaurations patrimoniales,
un taux d’occupation réparti tout au long de l’année,
une offre mieux structurée, digitalisée, plus lisible.
Le tourisme aura affirmé sa place comme secteur économique à part entière,
mieux organisé,
mieux outillé,
capable d’attirer activités, événements, investissements,
tout en valorisant pleinement nos sites et notre patrimoine.
Dans la petite enfance, un investissement structuré et durable aura été engagé vers l’objectif global de 5 000 nouvelles places créées et près de 5 000 autres rénovées sous cette législature,
et un accompagnement renforcé des milieux d’accueil,
pour garantir leur viabilité
et soutenir celles et ceux qui y travaillent comme les familles qui en dépendent.
Dans un an, avec Cécile Neven, notre politique énergétique et aéroportuaire aura franchi un cap.
Le cadre énergétique aura commencé à transformer concrètement les raccordements,
les compteurs,
les choix d’équipement,
dans une logique plus cohérente d’accès à la puissance.
La gouvernance des aéroports aura été tranchée, tout comme – c’est à espérer – le burden sharing,
mettant fin à des ambiguïtés qui duraient depuis trop longtemps.
En matière de climat, nous aurons tenu une ligne simple :
agir sans opposer écologie et économie,
en faisant avancer concrètement nos engagements.
Dans le logement, enfin, nous aurons commencé à remettre de l’ordre dans un système à bout de souffle,
en le rendant plus lisible, plus juste, plus soutenable.
Dans un an, avec Anne‑Catherine Dalcq, la Wallonie aura inscrit noir sur blanc son choix de concilier développement et restauration de la nature.
Le règlement européen aura été décliné dans un plan national de restauration,
et les premières actions concrètes auront été engagées sur le terrain, donnant de la visibilité aux acteurs locaux.
Dans le même temps, les premiers jalons d’une agriculture mieux rémunérée, plus lisible, plus durable auront été posés.
La Wallonie aura renforcé sa capacité à protéger ses forêts,
sa biodiversité,
et à organiser, avec pragmatisme, la cohabitation avec les réalités nouvelles du territoire.
Enfin, dans un an, la nouvelle architecture de nos finances aura pris forme :
la baisse des droits d’enregistrement à 3% sera devenue un réflexe chez le notaire,
le Code du bien-être animal sera d’application.
La révision des licences d’armes et des calamités naturelles aura redonné à la Région la maîtrise de règles qui, trop longtemps, s’imposaient à elle sans être ajustées à ses priorités.
Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
On nous répète que la Wallonie serait un territoire fatigué, condamné à vivre sous perfusion.
L’état de la Wallonie, son état réel,
c’est celui d’une Région assise sur l’un des meilleurs territoires d’Europe.
Au XIXᵉ siècle, nous avons été l’atelier de l’Europe bien avant que le mot « mondialisation » n’existe.
En arrivant trop tôt dans l’histoire, nous avons aussi appris durement ce que coûte le retard, l’illusion qu’hier peut suffire pour demain.
De là vient notre identité.
Non pas une nostalgie mais une leçon :
un peuple qui a déjà été au centre peut le redevenir, à condition d’accepter de se remettre au travail.
L’état de la Wallonie est écrit dans cette longue mémoire d’efforts, de risques et de reconversions.
Nous sommes une anomalie historique et géopolitique réjouissante.
Nous avons l’accent du Nord et les habitudes du Sud, la littérature de la mine et le sérieux de l’usine.
De cette combinaison, nous pouvons en faire une force.Aujourd’hui, la Wallonie rassemble près de 3,7 millions d’habitants,
soit un peu plus de 30% de la population belge, avec une densité d’un peu plus de 200 habitants au km²â€Ż: suffisamment peuplée pour être dynamique,
suffisamment aérée pour rester vivable.
La Wallonie s’étend sur un territoire de plateaux, de vallées et de bassins fluviaux
qui structurent un espace facilement parcourable
et remarquablement accessible par un réseau de transports dense :
- 81 000 km de routes et d’autoroutes,
- Plus de 7 000 km de sentiers,
- 1 665 km de voies ferrées,
- 450 km de voies navigables accessibles au trafic commercial,
- 4 ports,
- et 2 aéroports régionaux, enviés par beaucoup : Liège et Charleroi.
Ce sont les artères et les veines d’un organisme qui peut, s’il le veut, redevenir puissant.
La Wallonie occupe une position privilégiée :
connectée directement à Bruxelles et aux institutions européennes,
notre Région est au cœur et ouverte sur le plus grand marché mondial, l’Union européenne, 500 millions de consommateurs.
C’est un carrefour, un lieu de passage, d’échanges et de commerce.
Une Région où, contrairement aux territoires voisins, il y a encore de la place pour entreprendre.
Mesdames, Messieurs les Parlementaires,
À vrai dire, le moment du discours de l’État de la Wallonie n’est pas idéal.
Un tel discours doit aller de pair avec la présentation du budget initial, qui est, au fond, la vraie feuille de route du Gouvernement..
Gouvernons avec du sérieux et du bon sens, pas avec nos habitudes.
C’est à cette condition que les dates de nos discours cesseront d’être des rituels, et deviendront ce qu’elles doivent être : des rendez‑vous avec la réalité.
Je vous remercie